Cet article parlera de la transition, et particulièrement du coiffeur !
Beaucoup de personnes pensent à la transition comme un processus médical avant tout : ils vous diront hormones, chirurgies, et éventuellement verront cela comme un procédé administratif. En fait, dans mon cas, et je connais d’autres personnes qui ont fait pareil, c’est passé par un détour chez le coiffeur !
Très vite, j’ai pu me rendre compte que la taille de mes cheveux était une notion clé dans la perception de mon identité de genre par les gens. La première fois que j’ai voulu assumer en public mon identité, j’ai presque rasé entièrement mes cheveux (mais je n’ai pas osé dire à mon coiffeur ce que je voulais, du coup il m’a fait un tracé autour du visage de façon à garder de la « féminité », yes, c’est exactement ce que je voulais (pas) !). Ce geste anodin a pourtant suffi à ce que dès la sortie du coiffeur, on m’appelle monsieur, alors que je portais les mêmes vêtements qu’il y a heure.
Dès que mes cheveux repoussent, je sais qu’il y a un moment critique où peu importe mes vêtements, je vais me faire appeler plus souvent madame que monsieur en rue. Ça m’agace assez pour que je décide d’aller chez le coiffeur. Aujourd’hui, c’est la deuxième fois que je vais chez le coiffeur en tant qu’homme assumé.
Rentrer chez le coiffeur n’est pas une mince affaire : j’avais prévu à l’avance, cette fois-ci comme l’autre fois, de dire que je venais pour une coupe homme, pour couper court au dilemme de mon genre, et devoir expliquer à la caisse pourquoi je ne paierai pas le tarif pour femmes. Dans les deux cas, c’est resté fiché dans ma gorge, parce qu’on m’a demandé si je venais pour une coupe, donc j’ai juste répondu par l’affirmative.
Et bien, pour ceux qui n’ont pas l’immense honneur d’avoir pu testé le coiffeur en tant qu’homme et en tant que femme, je peux vous faire quelques révélations croutillantes :
- Bon, d’abord, peut-être un détail pas si croustillant que ça : le prix. Dans l’enseigne chez qui je vais me coiffer, être un homme vous apporte une réduction de 34 % qu’une coiffeur pour femme. Franchement, ce n’est pas rien, surtout quand on sait que le coiffeur en question, comme beaucoup, vous fait payer un supplément cheveux longs dès qu’ils dépassent les épaules d’environ 6 euros (mais faut pas déconner, eh, tu payes pas le tarif hommes même si tu demandes à ce qu’on te rase le crâne).
- Le deuxième détail intéressant, c’est qu’on ne vous pousse pas à la dépense quand vous êtes un homme : on ne vous demandera ni quand vous les avez lavés, ni si vous voulez un shampooing traitant. Plutôt intéressant, non ? Alors soit on peut en conclure que t’en as rien à foutre de tes cheveux si t’es un homme (mais je pense pas que ça soit ça le truc), soit en fait, quand tu es une femme, ben tu peux ouvrir ton porte-monnaie pour un shampoing traitant. Perso, c’était ma hantise, ce moment ou je devais dire « non je veux pas de shampoing traitant, merci » (je suis un grand timide, je vous assure).
On ne vous pousse pas en tant qu’homme à faire des colorations. Anodin ? Ben pas tellement en fait. J’ai eu toutes les coupes de cheveux imaginables, de la longueur allant jusqu’aux fesses jusqu’au cheveux à un cm à la tondeuse. Croyez-moi, j’ai déjà eu les cheveux plus courts que je ne les avais avant d’aller chez le coiffeur ces deux fois là. Pourtant, on m’a toujours poussé à faire des colorations, un « ton sur ton » souvent, afin de rendre mes cheveux avec des reflets brillants. Quand tu es un homme, rien de tout ça.
Intéressant, donc. Non seulement on paye moins cher en tant qu’homme, mais en plus, on ne vous presse pas à la consommation à chaque instant.
Une autre forme de taxe rose ? Sans aucun doute.

Tout a commencé, comme d’habitude pour cette rubrique, avec une réflexion au détour d’une conversation qu’avait une amie. Jeune femme arabe, elle exprimait son enthousiasme vis à vis des initiatives mises en places par des communautés afros et arabes, dernièrement. Mais, toi-même tu sais, le seul communautarisme toléré étant celui de l’Assemblée nationale, mon amie n’a pas échappé à l’inévitable « vivre ensemble ». Mais si, tu sais, « le vivre ensemble », cette expression que tu lis un peu partout dès qu’il s’agit de parler « des minorités visibles »et de la « diversité », et »des gens de couleur » ? Non ? Bon, assieds-toi, et laisses-moi t’expliquer ce qu’est le « vivre ensemble ».
