Une petite coupe, Monsieur ?

 

Cet article parlera de la transition, et particulièrement du coiffeur !

Beaucoup de personnes pensent à la transition comme un processus médical avant tout : ils vous diront hormones, chirurgies, et éventuellement verront cela comme un procédé administratif. En fait, dans mon cas, et je connais d’autres personnes qui ont fait pareil, c’est passé par un détour chez le coiffeur !

 

Très vite, j’ai pu me rendre compte que la taille de mes cheveux était une notion clé dans la perception de mon identité de genre par les gens. La première fois que j’ai voulu assumer en public mon identité, j’ai presque rasé entièrement mes cheveux (mais je n’ai pas osé dire à mon coiffeur ce que je voulais, du coup il m’a fait un tracé autour du visage de façon à garder de la « féminité », yes, c’est exactement ce que je voulais (pas) !). Ce geste anodin a pourtant suffi à ce que dès la sortie du coiffeur, on m’appelle monsieur, alors que je portais les mêmes vêtements qu’il y a heure.

Dès que mes cheveux repoussent, je sais qu’il y a un moment critique où peu importe mes vêtements, je vais me faire appeler plus souvent madame que monsieur en rue. Ça m’agace assez pour que je décide d’aller chez le coiffeur. Aujourd’hui, c’est la deuxième fois que je vais chez le coiffeur en tant qu’homme assumé.

Rentrer chez le coiffeur n’est pas une mince affaire : j’avais prévu à l’avance, cette fois-ci comme l’autre fois, de dire que je venais pour une coupe homme, pour couper court au dilemme de mon genre, et devoir expliquer à la caisse pourquoi je ne paierai pas le tarif pour femmes. Dans les deux cas, c’est resté fiché dans ma gorge, parce qu’on m’a demandé si je venais pour une coupe, donc j’ai juste répondu par l’affirmative.

Et bien, pour ceux qui n’ont pas l’immense honneur d’avoir pu testé le coiffeur en tant qu’homme et en tant que femme, je peux vous faire quelques révélations croutillantes :

  • Bon, d’abord, peut-être un détail pas si croustillant que ça : le prix. Dans l’enseigne chez qui je vais me coiffer, être un homme vous apporte une réduction de 34 % qu’une coiffeur pour femme. Franchement, ce n’est pas rien, surtout quand on sait que le coiffeur en question, comme beaucoup, vous fait payer un supplément cheveux longs dès qu’ils dépassent les épaules d’environ 6 euros (mais faut pas déconner, eh, tu payes pas le tarif hommes même si tu demandes à ce qu’on te rase le crâne).
  • Le deuxième détail intéressant, c’est qu’on ne vous pousse pas à la dépense quand vous êtes un homme : on ne vous demandera ni quand vous les avez lavés, ni si vous voulez un shampooing traitant. Plutôt intéressant, non ? Alors soit on peut en conclure que t’en as rien à foutre de tes cheveux si t’es un homme (mais je pense pas que ça soit ça le truc), soit en fait, quand tu es une femme, ben tu peux ouvrir ton porte-monnaie pour un shampoing traitant. Perso, c’était ma hantise, ce moment ou je devais dire « non je veux pas de shampoing traitant, merci » (je suis un grand timide, je vous assure).

On ne vous pousse pas en tant qu’homme à faire des colorations. Anodin ? Ben pas tellement en fait. J’ai eu toutes les coupes de cheveux imaginables, de la longueur allant jusqu’aux fesses jusqu’au cheveux à un cm à la tondeuse. Croyez-moi, j’ai déjà eu les cheveux plus courts que je ne les avais avant d’aller chez le coiffeur ces deux fois là. Pourtant, on m’a toujours poussé à faire des colorations, un « ton sur ton » souvent, afin de rendre mes cheveux avec des reflets brillants. Quand tu es un homme, rien de tout ça.

Intéressant, donc. Non seulement on paye moins cher en tant qu’homme, mais en plus, on ne vous presse pas à la consommation à chaque instant.

Une autre forme de taxe rose ? Sans aucun doute.

 

L’homme qui restait chez lui

Je voudrais vous parler de quelque chose qui me tient à coeur, et que je cache à pas mal de personnes. Par honte, par peur du jugement, par peur de l’incompréhension, ou peur des phrases toutes faites.

Cela fait plus de six mois que sortir de chez moi est un calvaire. Cela a commencé simplement, avec une note positive : l’acceptation de ma transidentité par ma compagne et ma meilleure amie. C’était beau, c’était simple : la joie de pouvoir être qui j’étais à la maison. Petit à petit, j’ai commencé à faire sortir le garçon que j’étais en ballade à la campagne, en rue, et puis ensuite dans ma famille, sur mon lieu de stage….

Oui mais… seulement, simple, cela ne l’était pas. Petit à petit s’est créé un écart énorme entre le monde et moi, au fur et à mesure des remarques méchantes, blessantes, ou simplement maladroites (mais tellement douloureuses !). A chaque remarque supplémentaire, à chaque fois que l’on m’a appelé madame dans la rue, ou par mon prénom féminin dans ma famille ou à l’école, cette distance s’est installée.

Jusqu’à ce jour où je me suis rendu compte que je n’étais que difficilement capable de franchir seul le seuil de mon immeuble : si ma compagne n’est pas avec moi, il n’est pas rare que je panique. Je suis capable de rester quinze jours d’affilée chez moi, ou ne sortant que pour le strict minimum, avec des angoisses terribles si personne ne m’accompagne. Je suis collé chez moi par le boulet qui est le poids de la peur engrangée par vos remarques.

Cette question dans ma tête me heurte, me brise et m’empêche d’être un garçon comme les autres : Qui va m’humilier et me blesser, cette fois ?

Ce sera peut-être le professeur, qui ne sait pas que je suis un garçon. Parce que lui dire, ce serait peut-être m’exposer à des sanctions terribles et que de toute façon, pour changer mon prénom à la faculté, il aurait fallu que cela soit accepté, et qu’ils préfèrent suivre la loi belge, discriminante.

C’est peut-être un vendeur qui trouvera que mon apparence n’est pas assez masculine, et qui insistera lourdement sur les questions sur mon sexe, ou m’appellera simplement madame, ce qui me donne envie de pleurer  un peu plus à chaque fois.

Ce sera peut-être un bénévole de mon prix littéraire, à qui je n’ai toujours rien dit, pour ne pas être blessé par les remarques et les questions gênantes.

Ce sera peut-être une amie d’enfance, qui va m’appeler « elle » et par mon prénom de naissance pendant les quatre heures que nous allons passer ensemble, même si je lui ai dit que j’étais un garçon il y a plusieurs mois.

Ce sera peut-être un membre de ma propre famille, qui enseignera à mon propre filleul que je ne suis pas un garçon tant que j’ai encore des ovaires, et pas de pénis.

Ou ce sera peut-être toi qui me lis, qui me donnera envie de disparaitre, ou de ne pas être qui je suis.

La transphobie, c’est tous les jours. Et ça fait toujours aussi mal.

A part ça, je vais bien

Quelque chose me choque depuis plusieurs mois, quand je partage avec les gens que je suis trans, ou quand ils croient qu’ils peuvent poser des questions sur le sujet sans que je leur ai rien demandé, ni permis (mais ça, c’est encore un autre sujet…)

Des questions, il y en a, et j’écrirai à d’autres moments les questions que je suis las d’entendre, et auquel je n’ai plus l’intention de répondre. Mais cet article, c’est sur la question qu’on ne me pose pas, et qui à chaque fois, me choque : « est-ce que ça va ? Comment le vis-tu ? »

Les gens sont capables de s’interroger sur mes relations sexuelles, sur mes organes génitaux, sur « comment ça m’est venu » (un beau matin…), sur pourquoi je pense que je suis comme ça… Mais pas sur comment je vais. Comment moi, trans, j’affronte le monde qui n’est pas fait pour moi. Comment moi je vais dans un monde ou des gens comme moi meurent tous les jours, de la main de connards, ou de leur propre main, suite à vivre dans ce monde qui ne veut pas de nous.

Et ça me frappe d’autant plus que par contre, ils sont tout à fait capables de s’interroger sur : comment les autres le prennent. Comme si c’était pour mon entourage que c’était difficile. En fait oui, c’est précisément cela que j’entends: cela doit être difficile pour ma mère, pour mes amis, pour ma compagne ? Voilà ce qu’on me demande. Mais personne (à quelques exceptions près, et je vous en remercie :)) me demande comment moi je le prends. Comme si le fait de ne pas « avoir le choix », d’être mon identité rendait cela facile.

Alors bien sûr, c’est dur pour mes proches. Mais dites vous que si c’est dur pour mes proches, et dur pour les gens en général de choisir le bon pronom, de l’annoncer à leurs relations, dites vous bien une chose: c’est encore plus dur pour moi. C’est tous les jours difficile. Parce que pour moi, ce n’est pas un moment dans la journée, ce n’est pas réfléchir à employer le foutu bon pronom, ce n’est pas une habitude langagière, ce n’est pas m’habituer au visage d’un ami qui change. Non, c’est mon corps, c’est ma vie. Parfois rempli de bonheur, et parfois avec des choses très dures. C’est la personne qui me sert au Quick et me fait un geste après monsieur pour dire « ou peu importe ce que tu es », c’est les gens qui se marrent à la piscine parce que je porte un maillot « de fille » mais qu’ils ont du mal à me mettre dans une case. C’est quand vous vous êtes indélicat avec vos questions au point que je refuse régulièrement de sortir avec des anciennes connaissances, juste pour ne pas avoir à entendre des choses que je n’ai pas envie d’entendre.

Peut-être que la prochaine fois, vous pourriez commencer par cette question-ci, tant qu’à poser des questions sur ma « situation », comme vous dites : est-ce que tu vas bien ?

Ma première testo

 

Avant-hier, j’ai eu mon RDV avec un gynécologue bruxellois qui a accepté de me prescrire mes hormones dans le cadre de ma masculinisation. Quel soulagement de ne pas avoir eu à présenter de papier indiquant que j’avais été suivi un an par un psychiatre ! Je n’en ai pas besoin, je vais bien, alors je suis content d’avoir pu passer cette étape, surtout que j’ai 25 ans alors attendre encore un an, ça aurait été dur psychologiquement pour moi.

Ni une ni deux, le jour même j’avais acheté les hormones en pharmacie, et le lendemain (hier donc), mon médecin traitant me les a injecté dans le bras.

Tout d’abord, une première constatation. C’est qu’en l’écrivant, je me rends compte qu’entre ma lettre de recommandation du 1er avril et mon injection le 29 avril,il y a eu très peu de temps qui se sont écoulés. C’est un parcours « non-officiel » que j’ai choisi, car je refuse d’être psychiatrisé, et je refuse qu’on décide ce que je peux/dois faire de mon corps ou non. A noter qu’en un mois j’ai obtenu mes hormones et j’ai eu ma première injection (en comptant le temps d’attente pour un RDV gynécologique) ! Un mois, c’est déjà douze fois moins que la durée de psychiatre qui est demandé dans le parcours officiel… Et ça, c’est encore sans compter ensuite les RDV avec un endocrinologue etc.

Dans ce parcours personnel, personne ne m’a demandé si « j’étais sûr » de qui j’étais ( OF course I am ! ), si j’allais pas le regretter, ni même pourquoi je voulais le faire. Je n’ai rencontré que des personnes bienveillantes à qui j’ai expliqué mon souhait, et qui m’ont expliqué calmement et gentiment les effets des hormones, et le bilan médical à accomplir à quelle fréquence. C’était vraiment agréable, et beaucoup mieux que je ne m’y attendais. Il faut dire aussi que j’avais le parcours officiel en tête, qui est d’office stressant. Sans même dire qu’ils font mal leur boulot, j’imagine sans peine à quel point cela doit être stressant d’avoir un médecin en face de soi qui décide de ton avenir… Sur ce que tu dis !

Je suis toujours sur mon petit nuage. Avant de m’injecter la dose par le médecin, je l’ai regardé, tenu dans ma main et je me suis dit « c’est le moment, c’est l’instant ». C’est une drôle de sensation, d’impatience et de peur, de bonheur et d’angoisse. C’est l’impatience bien sûr de passer à la prochaine étape de ma vie. De pouvoir me rapprocher de qui je suis, de qui je me sens être depuis toujours (ou presque). C’est me dire que j’ai, moi, accompli le premier geste pour décider de mon futur. Je me sens comme si j’avais l’avenir devant moi, et qu’il était tout mien, au creux de ma main. J’ai décidé quoi faire de mon corps, et c’est une sensation que je ne saurais décrire. Mais j’ai peur, aussi. J’ai peur parce que tout simplement, je n’ai aucune idée du déroulement de la suite. bien sûr, j’ai été très bien informé par les médecins. Mais je n’ai aucune idée PRECISE d’à quoi ressemblera mon corps, cet ami intime, que j’aime et que parfois je déteste. L’identité est fort lié au corps, en ce sens que les traits de mon visage sont bien plus définitifs pour moi de « qui je suis », ou du moins du fait de reconnaitre mon identité dans la glace. C’est donc inquiétant et un peu stressant de renoncer à ce que je connais depuis toujours pour quelque chose que je ne connais pas.

Et de l’anxiété aussi, qui s’explique aisément non pas par rapport à moi, mais par rapport aux autres. Dans la rue, on m’appelle monsieur ou madame, selon les jours, selon les personnes, et selon mes vêtements ou ma coupe de cheveux. Mais globalement, cette identité est rarement raillé. J’ai bien parfois des gens qui rigolent ou qui me fixent parce qu’ils ne sont « pas sûrs de mon sexe », mais rien qui m’empêche de vivre et d’être heureux. Et je sais que ça va changer. Je n’ai pas besoin de l’avoir vécu de l’intérieur pour savoir que lorsque mon expression de genre sera moins définie pour eux, ils deviendront railleurs, mesquins, et pour certains, violents en paroles ou en actes. ça fait partie des choses que je n’ai pas choisies, et je vais devoir faire avec. Donc un peu d’anxiété tout de même, même si je me dis au fond de moi que lorsque j’avais fait mon coming out lesbien, c’était dur aussi les première fois à se ballader en rue main dans la main, mais qu’à 17 ans, j’avais géré ça comme un pro. Donc je le ferai.

Voilà, c’était mes premières pensées après ma première dose de testostérone. J’essaierai d’écrire régulièrement quels changements il y a, comment je me sens en espérant que ça puisse aider un.e autre trans*, ou même, pourquoi pas, quelques non-trans* (cisgenres donc) à comprendre ce qu’on vit, et qui nous sommes.

 

Maxence

 

Merci Christian Panier

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Michelle Martin a été libérée sous conditions. Parmi celles-ci, ne pas entrer en contact avec les médias. Et vu le comportement de certains d’entre eux, qui la traquent véritablement et cherchent le clic dès qu’elle sort de chez elle, ça tient de la prouesse.

Un qui a le droit de parler aux médias, par contre, c’est Christian Panier, ancien juge. Depuis qu’il a décidé d’accueillir Michelle Martin chez lui, il l’a fait et bien fait*.

Quand j’ai appris que Christian Panier allait prendre le relais des Clarisses et accueillir Michelle Martin chez lui, j’ai souri. Ca ne m’étonne pas de l’homme : droit, courageux, cohérent. Pédagogue aussi.

La Justice a décidé de libérer Michelle Martin et d’y mettre des conditions qu’elle savait quasi impossibles. La réinsertion, c’est le cadet des soucis de notre système carcéral et il n’existe rien ou presque pour aider les ex-taulards après leur peine. Pour Michelle…

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Réflexion 7: »Tu ne vas pas dans le sens du vivre-ensemble »ou le baillon des minorités

Un excellent article qui parle de biscuits pourris, de photos de classe, mais surtout: du « vivre ensemble » !

Avatar de mrsrootsMrs. Roots

Tout a commencé, comme d’habitude pour cette rubrique, avec une réflexion au détour d’une conversation qu’avait une amie. Jeune femme arabe, elle exprimait son enthousiasme vis à vis des initiatives mises en places par des communautés afros et arabes, dernièrement. Mais, toi-même tu sais, le seul communautarisme toléré étant celui de l’Assemblée nationale, mon amie n’a pas échappé à l’inévitable « vivre ensemble ». Mais si, tu sais, « le vivre ensemble », cette expression que tu lis un peu partout dès qu’il s’agit de parler « des minorités visibles »et de la « diversité », et »des gens de couleur » ? Non ? Bon, assieds-toi, et laisses-moi t’expliquer ce qu’est le « vivre ensemble ».

I. Le vivre-ensemble, une promesse…  jamais tenue.

Imagines une jolie boîte en métal, avec un très beau ruban et une image qui donne envie de manger les délicieux gâteaux et pâtes de fruits qu’elle contient. A priori, c’est une boîte pleine de promesses, qui assure…

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Le gros qui fait du sport

Salut,

C’est moi, le mec gros qui fait du sport (J’assume totalement le fait que je sois « gros », car non, ce n’est pas une insulte, mais un état de fait). Mais VOTRE comportement m’insulte.

Dans mon cas, je fais du sport dans le cadre de ma transition, afin de préparer ma (future) prise d’hormones. Je n’ai rien contre les personnes qui sont en « sur »poids, mais cet état de fait ne me convient plus. J’aimerais perdre du poids, et aussi par la suite prendre du muscle. Mon surpoids est du à une opération du genou qui a augmenté fortement ma prise de poids, ayant eu du mal à changer ma façon de manger en passant de dix heures de sport à pouvoir à peine marcher.

Toi, évidemment, quand tu me montres du doigt, quand tu rigoles, quand tu t’interroges à voix haute sur mon corps, tu ne le sais pas. Mais tu sais quoi ? Tu n’as pas à le savoir. Ce n’est pas le fait de ne pas toujours avoir été gros qui me rend plus digne de ton respect, parce que ton comportement est une insulte envers toutes les personnes qui n’ont pas un corps dans les normes. C’est ton comportement le problème, et que mon poids soit un problème de santé ou un désir personnel, cela ne justifie en rien ton manque de respect.

Ce que ton attitude dit aussi, lorsque tu penses que le fait de savoir cela rendrait tes insultes moins méchantes, c’est de croire qu’il existe une catégorie de personnes grosses. C’est de croire que nous sommes tous par nature fainéant, en mauvaise santé, nous nourrissant de junk food, et n’ayant aucun respect pour elles-mêmes. C’est faux, cette personne que tu imagines n’existe pas. Nous sommes tous différents, et la seule chose que nous avons en commun, c’est de ne pas avoir un corps conforme à la norme. Et que nous aimions la junk food ou non, cela ne devrait pas non plus être un motif pour nous insulter. Ton problème, c’est de croire qu’il existe une partie de personnes grosses qu’on peut mépriser, parce qu’après tout, elles ne font pas d’effort, n’est-ce pas ? Ton problème, c’est de croire qu’il existe une catégorie de personnes qui méritent ton mépris.

gros

Un gros con lambda à la piscine

Ce mépris, il existe aussi dans une forme moins consensuelle, mais tout aussi blessante: c’est l’attitude paternaliste de l’encouragement. C’est quand vous vous dites, au fond de vous « wah, cette personne se prend en main ». C’est ce mépris dégoulinant d’articles sur les sommités culturelles comme BuzzFeed ou l’on voit la « terrible vengeance d’une personne dont on s’est moquées par son poids » : elle a maigri, elle est enfin dans les normes ! Is it justice ? La vengeance de malade ! La vengeance, la vraie, ce serait d’avoir des cours d’éducation contre cela, c’est que les personnes harceleuses soient punies, et surtout lorsque celles-ci sont en position d’autorité (profs, médecins, …). Et la vengeance personnelle, c’est quand on arrive, malgré le fait que tout ne soit pas parfait, à se regarder dans la glace, et à aimer son corps, qu’il soit maigre, gros, grand, qu’il soit handicapé ou non, … J’apprécie vos encouragements, vraiment. Mais pas s’il porte sur une image de mois disant qu’ ENFIN, je me respecte, qu’enfin je vais être mince. Parce que cela, ce n’est pas ce que je veux, et tu sais quoi ? Je n’ai jamais arrêté de me respecter, et je ne me suis jamais autant respecté que cette dernière année, malgré un surpoids.

body positivity

Ce que j’aimerais aussi d’arrêter de faire, dans ta bienveillance condescendante, c’est d’avoir des apriori sur ma santé. Tu sais, c’est quand tu crois que parce que je suis gros, je ne sais pas marcher une heure. C’est aussi stopper de croire que je peux faire moins que toi, comme par exemple avoir un poste qui exige de marcher beaucoup, ou même de croire que je ne vais pas finir mon heure sur mon tapis roulant. C’est aussi de croire que lorsque tu me fais une remarque sur ce qu’il y a dans mon assiette, c’est pour mon BIEN. Lorsque toi, médecin, tu t’imagines que même si j’ai un IMC de 26 (soit dans un surpoids qui n’est pas dangereux pour la santé), c’est tellement mieux pour moi de me dire de maigrir, même si tu ne te permettrais pas de demander, dès l’entrée de qqn dans ton cabinet, s’il fume, bien que cela affecte durablement sa santé !

Les a priori sur la santé, c’est aussi comme je l’ai dit supposer un état de santé. Tu sais quoi ? L’obésité a des conséquences sur la santé, mais ce n’est qu’un facteur parmi d’ AUTRES. La santé n’est qu’un ensemble de paramètres, et non pas un seul ! Je ne fume pas, boit deux verres d’alcool par an, je ne mange pas beaucoup de viande, fait maximum 30 minutes de marche par jour, j’ai une excellente tension, dort toujours le bon temps de sommeil,  ne prends aucune médication, et prend toujours mes précautions pour ma santé sexuelle, avec tests de dépistage. Mon dernier contrôle sanguin dit que je suis en forme, et que mon organisme ne manque de rien. Peux-tu en dire autant, pour tout cela ?

La prochaine fois que l’on se croise, ne ricane pas, ne me montre pas du doigt, et ne me traite pas comme un citoyen de seconde zone (et ne laisse pas non plus tes enfants le faire). Et j’arrêterai, moi aussi, de te prendre pour un (gros) con.

Cordialement,

le gros qui fait du sport.


Pour aller plus loin :

Le Facebook de Fat Positivity Belgium

les dessins de Carol Rossetti

un autre site qui a l’air sympa

Conseils pour les « dummies ». (Partie 1)

Il n’est pas toujours facile de savoir comment faire face à la transidentité d’une personne et je le conçois: nous sommes peu nombreux, nos paroles sont considérées comme non-légitimes, et quand on parle de nous, c’est pour entretenir les clichés. Pas facile de s’y retrouver.

Je vais tenter de faire un (bref) récapitulatif des choses que je ne peux plus entendre, ne veut plus entendre, et que certainement d’autres personnes trans* ne veulent plus entendre :

  • Nous sommes tous différents

Bien que l’esprit humain ait tendance à tenter de généraliser, à regrouper par catégories, please, ne le faites pas, ou très peu (et en nuances) concernant mon identité. Il est très peu recommandé de me  parler d’un problème en me disant  » les trans* pensent que », et de là tirer des conclusions abusives sur ce que je pourrais penser ou non. Pour analogie, par exemple, il y a des homos qui veulent se marier, d’autres qui ne veulent pas, d’autres qui font partie de la manif pour tous, d’autres qui sont contre la gay pride, … Des opinions aussi colorées que le rainbow flag !

CEPENDANT, bien que je ne sois pas « tous les trans* », évitez d’invalider mon expérience et mon vécu avec des « ça ne gêne pas d’autres trans* ». Je ne prétendrais pas représenter tous les trans*, je n’ai pas à le faire. Mais à priori, si vous êtes cisgenres, vous les représentez encore moins. (même sans cet argument, franchement, qu’un autre trans* ait ri à une de vos blagues transphobes ou qu’il souhaite subir un protocole « complet », je m’en carre.).

  • Je ne suis pas malade

Je ne suis pas « malade », et je n’ai pas de « problème avec mon corps ». Je suis plutôt sain d’esprit, et surtout depuis que je vis en couple avec une femme qui m’accepte comme je suis, et qui m’a aidé aussi à savoir qui j’étais. De fait, j’étais beaucoup plus troublé quand j’étais convaincu d’être cisgenre ! Ce n’est pas moi le problème, c’est la façon dont pendant des années la société a essayé de me faire coller à quelque chose que je n’étais pas. A part ça, je suis aussi sain d’esprit que vous et moi (enfin, pour vous, je suis pas sûr !).

Pareillement, il ne s’agit pas tellement d’un « problème avec mon corps » que d’une part, le lien que les gens font entre mon corps et mon genre : je suis convaincu que j’aurais beaucoup moins de souci et ne souhaiterait pas tant  prendre des hormones si on arrêtait les « madame » à tout bout de champ, et si mon sexe juridique n’était pas lié à mon statut corporel, m’empêchant par exemple de m’inscrire sous mon prénom usuel à l’université. D’autre part, mon « problème avec mon corps » est, si je dois mettre des mots dessus, plutôt analogue au besoin qu’aurait une personne trop grosse, ou qui par exemple n’aimerait pas son nez de vouloir être opéré. Mon problème avec mon corps est de l’ordre de l’esthétique, et je souhaite le sculpter, et le rendre conforme à mon désir, je ne vois rien de psychiatrique là dedans.

  • Je ne suis pas qu’un trans*

Tout d’abord, je ne suis pas « un trans* », mais « une personne trans* », ou un « homme trans* »: le terme « trans* » s’emploie préférentiellement comme un adjectif. Cela permet notamment de ne pas réduire, justement, la personne à sa transidentité.

Car je ne suis pas que ça, je suis un tas d’autres choses ! Si, je l’avoue, cette caractéristique est majeure dans les interactions avec les autres (cela influencera probablement mon travail etc.), je ne suis pas « QUE » ça. Une identité, c’est complexe, c’est plein d’éléments, avec tous plus ou moins d’importance, qui se combinent, qui sont parfois en conflit, qui s’influencent peu ou prou… Et ma transidentité est un élément parmi d’autres. Je suis aussi blanc, belge, impulsif, gaucher, …

Cela veut aussi dire que mes émotions peuvent avoir d’autres sources que ma transidentité, et je parle en particulier de mes émotions négatives sur lesquelles on est plus à même de lier cela à mon identité. Si je suis triste, il y a d’autres raisons que ma transidentité qui peuvent l’expliquer ! Ecrit comme cela, cela peut avoir l’air évident, alors j’espère que cela sera toujours évident lorsque vous me verrez triste, en colère, ou … joyeux ( 🙂 ), que des milliers de choses peuvent l’expliquer. Et que si, par exemple, je me dispute avec ma copine, ce n’est pas forcément parce que je suis trans*, mais peut-être parce que, comme tous les amoureux, parfois on se dispute ! 🙂